BANDE ORIGINALE DU FILM
ENREGISTREMENT ORIGINAL REMASTERISÉ EN 1990
Leopold Stokowski et le Philadelphia Orchestra
Sorti en 1940, Fantasia n'a pas seulement établi l'animation au rang d'art mais a révolutionné le monde de la bande sonore. Jamais auparavant, un film n'avait utilisé un système stéréophonique entourant les spectateurs de musique. Ce mélange poétique d'enregistrements classiques et d'animation raffinée confronta les cinéphiles à un événement cinématographique entièrement nouveau. À présent, vous pouvez profiter de la magie du "Fantasound" avec cet enregistrement original remasterisé. En célébration du 50ème anniversaire de FANTASIA, les enregistrements originaux de Leopold Stokowski ont été soigneusement nettoyés et restaurés. Cette nouvelle édition ravivera les mémoires d'une ère musicale la plus élémentaire ajoutée à l'éclat que redonne la technologie moderne. L'exécution qui en résulte réjouira les amoureux de FANTASIA, jeunes et vieux.
FANTASIA sortit sur les écrans en 1940, douze ans seulement après la création de Mickey Mouse. En comparaison de la série de gags en noir et blanc de Mickey avec une bande son primitive, Fantasia apparut comme un art somptueux avec un son grandiose. La plus grande différence réside dans le progrès immense fait par Walt et son équipe. Comme Disney se souvenait : « Bien que les Mickey étaient des succès, nous voulions tous faire un type d'images totalement différentes de ces singeries. C'est dans ce sens que les Silly Symphonies commencèrent. Comme fond musical, nous avions l'habitude d'utiliser des grands classiques comme "Turkey in the Straw" ou "Frankie and Johnnie". Et l'essence même du sujet appelait toujours quelque chose qui devait être en rapport avec la musique utilisée ».
Pendant toutes les années trente, Walt Disney progressait beaucoup avec sa série de dessins animés, les Silly Symphonies, mais ils ne furent considérés que comme une étape vers laquelle tendait le film animé longue durée."Blanche Neige et les Sept Nains", son premier long-métrage, avait posé un modèle d'excellence et Disney réalisa que tous ses futurs films devaient lui être égal ou supérieur en qualité.
En dérogeant aux Silly Symphonies, Disney décida de sélectionner un morceau de musique qui avait déjà une histoire en elle-même. Il n'y eut aucune discussion quand "L'Apprenti Sorcier" de Paul Dukas fut suggéré. La musique, racontant la légende d'un apprenti capricieux qui découvrit qu'il ne pouvait pas manipuler les pouvoirs de son maître, était idéale pour essayer le nouveau concept. Dès que les droits furent acquis, Walt Disney songea à l'utilité d'un chef d'orchestre célèbre pour ajouter un certain prestige à son projet. Leopold Stokowski, chef d'orchestre de la formation de Philadelphie depuis 1912, se souvient : « J'ai rencontré Walt pour la première fois dans un restaurant. Je dînais seul à une table près de lui et il m'appela. Pourquoi ne pas s'asseoir ensemble ? Alors il commença à me raconter qu'il s'intéressait à "L'Apprenti Sorcier" de Paul Dukas comme possible court-métrage et me demanda si j'aimais la musique. Je dis alors que j'aimais beaucoup et que je serai très heureux de travailler avec lui ». Dans les discussions suivantes, les collaborateurs de Disney découvrirent que Stokowski avait des idées très intéressantes sur la contribution des couleurs qui pouvait être parfaite dans le domaine de l'animation ; ils découvrirent également qu'il avait déjà expérimenté des méthodes révolutionnaires d'enregistrement du son pour les films.
Les animateurs et scénaristes de Disney commencèrent à travailler sur l'histoire vers la fin de l'année 1937. Une des premières décisions fut de confier le rôle principal à la star la plus populaire du studio Disney, Mickey Mouse ; une décision avec laquelle M. Stokowski ne fut d'abord pas vraiment d'accord puisqu'il avait suggéré la création d'un personnage nouveau et différent pour le rôle. Les artistes devaient se rappeler sans cesse que l'animation devait être faite sans dialogue ni effets sonores, reposant seulement sur la pantomime et la musique descriptive.
Au fur et à mesure que l'enregistrement et l'animation progressaient, les coûts du film grimpèrent rapidement de manière alarmante. "L'Apprenti Sorcier" était achevé en 1938 mais son coût était de trois ou quatre fois supérieur à une Silly Symphony normale, et Disney vint à réaliser qu'il ne pourrait jamais rentrer dans ses frais si le film était exploité en tant que court-métrage. Disney pensa alors à faire un film de long métrage. Le superviseur de la production, Ben Sharpsteen, se souvient : « La qualité était l'objectif premier de Walt, les spectateurs suivraient la qualité. Ce fut la naissance d'un nouveau concept, un ensemble de numéros séparés - sans se soucier de leur durée - se mettent ensemble dans une présentation unique. C'était devenu un concert ; quelque chose de nouveau et de grande qualité ».
Disney demanda à Stokowski de retourner au studio pour aider à sélectionner les morceaux musicaux qui devraient être inclus et lui adjoint comme conseiller musical, Deems Taylor, compositeur et critique musical. Walt Disney ne pouvait pas se réclamer lui-même musicien. Néanmoins, Stokowski dit que Disney était un musicien par nature, par instinct. En travaillant sur Fantasia, Stokowski était constamment surpris par les réactions et impressions que Disney éprouvait vis-à-vis de la musique des grands compositeurs. Ensemble, ils écoutèrent une centaine de pièces maîtresses mondialement connues, entendant les disques pendant des heures, arrangeant des tentatives de programme et les réarrangeant encore, suggérant l'action qui pourrait être utilisée pour illustrer les différents morceaux. Les œuvres qui furent choisies étaient très différentes en ton et en tempo, avec l'idée que l'orchestre devrait exécuter un concert le soir, illustré sur l'écran par la virtuosité de Disney et de son équipe.
A mesure que les éléments formant le programme se mettaient lentement en place, ce fut une décision unanime d'ouvrir le concert avec la "Toccata et fugue en ré mineur" de Bach. Stokowski était connu pour la réécriture de plusieurs œuvres pour clavier de Bach, et sa première représentation du nouvel arrangement de ce morceau avec l'Orchestre de Philadelphie avait fait sensation, et l'ajouta pour toujours au répertoire symphonique.
Le morceau ne porte pas de titre, à part celui purement descriptif. Il n'évoque pas d'images ni d'actions définies, ne raconte pas d'histoire. Il fut choisi parce qu'il donnait aux artistes une chance de travailler avec un morceau de musique abstraite. Ainsi, Walt Disney se souvint : « Les idées abstraites n'étaient pas des idées qui venaient d'un coup. Elles étaient plutôt quelque chose qui nous trottait dans la tête depuis plusieurs années mais nous n'avions jamais eu la chance de les expérimenter, ceci dû au fait que le type d'images inventées à cette époque ne nous autorisait pas à incorporer ce type de matériel dans les films ».Un des premiers pas concrets de Disney fut l'embauche du réalisateur allemand, Oskar Fischinger pour donner des conseils à son équipe.
Dans la séquence "Casse-Noisette", l'équipe de Disney se surpassa en trouvant de nouvelles voies révolutionnaires dans la manipulation des couleurs, des pastels, des crayons, et en explorant de nouvelles voies de maniement de la gigantesque caméra multiplane.
La musique de Tchaïkovski attirait Disney, mais il ne choisit pas d'utiliser les personnages habituellement associés avec elle - le Casse-Noisette lui-même n'est vu nulle part - mais plutôt de concevoir de nouveaux personnages provenant du monde de la nature. Les deux premiers mouvements de la Suite ont été supprimés et l'ordre originel du mouvement altéré, mais aucun grand mal n'a été fait.
Suivant la note d'humour du programme de "L'Apprenti Sorcier", vint le morceau le plus moderne, "Le Sacre du Printemps" de Stravinski. Le public, à la première représentation à Paris, était si peu familier avec le son discordant et les rythmes brutaux que des spectateurs furent choqués. D'autres étaient intensivement excités et la représentation prit fin brusquement à cause d'une bagarre. Dans les années plus récentes, "Le Sacre du Printemps" est devenu aux regards des musiciens et des critiques, un événement majeur au sein de la musique moderne. Pendant des années, depuis la vision des dessins animés de "Gertie le Dinosaure", Walt Disney avait été intrigué par la force et le caractère sauvage de ces créatures préhistoriques. Il décida d'utiliser "Le Sacre du Printemps" pour dépeindre de façon scientifique les débuts de l'univers et suivre l'évolution de la terre ; d'une masse de gaz en fusion jusqu'à la disparition des dinosaures.
Beethoven écrivit sa Sixième Symphonie, la "Pastorale", se rappelant une vision champêtre idyllique. Les artistes de Disney prirent la même disposition dans leur visualisation, mais transposèrent la scène si familière au compositeur sur les magnifiques versants du Mont Olympe, demeure traditionnelle des dieux grecs. Prenant les personnages en dehors du monde de la mythologie et leur apportant une vie mouvementée, les artistes présentèrent des gags qui rappellent les Silly Symphonies.
Ponchielli, une figure importante de l'opéra italien moderne, écrivit la musique du célèbre ballet "La Danse des Heures" pour son opéra, "La Gionconda". Puisque la musique était si connue, les artistes de Disney n'eurent pas de remords à l'utiliser sur un mode comique et le design fut inspiré de l'artiste allemand, Heinrich Kley, qui présentait une parodie extravagante du ballet, comprenant une troupe de danse dont les goûts et couleurs n'avaient jamais été vus avant. Pour leurs recherches, les artistes passèrent des heures à étudier les animaux dans les zoos alentours et à aller aux ballets. Le film de références physiques fut joué par des ballerines menées par la future Marge Champion, ainsi les animateurs purent étudier plus attentivement les mouvements de danse.
Le projet le plus ancien et que Walt Disney tenait beaucoup à cœur était la séquence basée sur "Une Nuit sur le Mont Chauve" de Moussorgski. En animant la puissance impressionnante des forces du mal de l'Ombre et le triomphe ultime de la Lumière, Walt Disney pensa que cette séquence serait une apogée appropriée au film, juxtaposée avec l' "Ave Maria" qui suit. Disney et ses artistes trouvaient que le contraste entre le sacré et le profane ferait ressortir ces deux numéros à tel point qu'un pont musical devait être trouvé pour créer l'harmonie ; mais en fait, "Une Nuit sur le Mont Chauve" se termine par une note calme, la même qui commence l' "Ave Maria", ainsi, le pont n'était plus nécessaire. La chanson de Schubert contient des paroles anglaises qui furent spécialement écrites pour Fantasia par Rachel Field. La séquence comporte une utilisation spectaculaire de la caméra multiplane.
Depuis les premières discussions, Walt Disney et Leopold Stokowski voulaient expérimenter des nouvelles techniques de projections et de son. Le rêve de Disney était de projeter le film sur écran large, précédant de plusieurs années le format CinémaScope, projet irréalisable économiquement à l'époque ; en revanche, le travail progressa sur ce qui devait être la première utilisation du son stéréophonique, appelé le Fantasound. Il comprenait l'enregistrement sur plusieurs pistes et un système unique de haut-parleurs si bien que le son entourerait le public. Les cinémas auraient dû être spécialement équipés, à grands frais, créant par ce fait une distribution limitée.
Un concours fut organisé au sein du studio Disney pour sélectionner un titre pour le film avec plus de 2000 noms suggérés. Finalement, Fantasia fut retenu : c'est un terme musical avec deux significations, la première désigne un compositeur s'écartant de la norme acceptée, la seconde est un potpourri d'air familiers.
La première de Fantasia eut lieu le 13 novembre 1940 au Broadway Theater à New York. Hermine Rich Isaacs écrivit dans Theater Acts : « Ce soir, les spectateurs furent confrontés pour la première fois à un large spectacle avec deux innovations majeures : une association ingénieuse entre la musique classique et le film animé et une méthode infiniment perfectionnée de reproduction du son ». Time Magazine consacra sa Une à Fantasia ainsi qu’un article de trois pages. Ce dernier n'apparut pas sous la rubrique Cinéma mais sous celle de Musique. La plupart des critiques dans les comptes-rendus se concentrèrent sur la "Pastorale" et "Le Sacre du Printemps". Les spectateurs et critiques de l'époque furent confrontés à des images qui étaient souvent diamétralement opposées aux conceptions qu'ils avaient imaginées en écoutant ces musiques familières. Mais aujourd'hui, Fantasia est devenu un classique du cinéma américain si bien que les vues de Disney sont devenues presque aussi familières que la musique.
Walt Disney mentionna dans Time qu'il espérait que Fantasia tourne pendant des années, « peut-être même après ma mort ». Et il fallut bien attendre 1969 pour que Fantasia rapporte des bénéfices ; le film appelait un public différent que celui habitué de Disney, la distribution ne se fit que dans seulement 14 villes et la plupart des marchés étrangers étaient coupés par la Seconde Guerre Mondiale. Mais aujourd'hui, il est considéré comme un véritable classique du cinéma et les spectateurs se bousculent pour le voir. Les différentes reprises qui ont eu lieu depuis 1969 ont connu un succès jamais démenti.
Fantasia était plus qu'en avance sur son temps, il était révolutionnaire. Il n'établit pas seulement l'animation au rang d'art car c'est bien ce qu'il est, mais il introduisit le son stéréophonique aux films et popularisa la musique classique auprès des spectateurs cinéphiles. En célébration du 50ème anniversaire de Fantasia, les enregistrements originaux de Stokowski ont été nettoyés et restaurés à travers des technologies digitales et analogiques très perfectionnées. Cette bande originale historiquement préservée offre aux générations futures d'amoureux de la musique tout l'éclat authentique de Fantasia.
David R. Smith
Archives Walt Disney, 1990.
Scénario : Joe Grant et Dick Huemer
Produit par Ben Sharpsteen
Réalisé par Samuel Armstrong, James Algar, Bill Roberts, Paul Satterfield, Hamilton Luske, Jim Handley, Ford Beebe, T. Hee, Norman Ferguson et Wilfred Jackson
Date de sortie au cinéma aux Etats-Unis : 13 novembre 1940
Date de sortie au cinéma en France : 1er novembre 1946
Musiques originales de
Jean-Sébastien Bach, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Paul Dukas, Igor Stravinski,
Ludwig van Beethoven, Amilcare Ponchielli, Modeste Moussorgski et Franz Schubert
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